—Regarde! La lune est claire et brillante. Nous et les morts nous allons vite. Je te promets de te mener aujourd'hui même au lit nuptial.
—Dis-moi, où est ta demeure, et comment est ton lit de noces?
—Loin, bien loin d'ici; étroit, humide et silencieux: six planches et deux planchettes.
—Y a-t-il de la place pour toi et pour moi?
—Pour toi et pour moi. Viens, chausse-toi et monte en croupe: la chambre nuptiale est ouverte, les conviés nous attendent.
La jeune fille se chausse et saute avec agilité sur le cheval: elle enlace ses blanches mains autour de celui qu'elle aime, et ils s'élancent avec le bruit et la rapidité de la tempête. Le cheval et le cavalier respiraient à peine, les pierres étincelaient sous leurs pas.
Oh! comme à gauche et à droite disparurent à leurs yeux les prairies, les plaines et les campagnes! comme les ponts retentirent à leur passage!
—A-t-elle peur, mon amie?… La lune est brillante. Hurrah! les morts vont vite. A-t-elle peur des morts?
—Oh! non. Mais laisse les morts en repos.
Quelles sont ces voix lugubres! Où volent ces corbeaux? Écoutez: c'est le glas des cloches et l'hymne des funérailles. «Laissez-nous ensevelir ce corps[6].» Et de plus en plus approchait le convoi funèbre, déjà on distinguait la bière, et le chant semblait les accents sinistres des habitants des marais.