—Mais comment, maître, te caches-tu donc comme un hibou dans son trou? ouvre-moi, ou sors; converser ainsi n'est pas commode!

—Attends, mon ami, laisse-moi seulement verser un peu de grain, et j'irai aussitôt te rejoindre.

«Oui, pensait Michée; je voudrais bien voir le blé que tu verses, compère du diable! je suis sûr que ce sont des os de juifs que tu mouds pour les sorciers? Qui peut apporter du blé ici? voyez quel recoin! il n'y a seulement pas de route pour y arriver!

—Me voilà, brave homme, dit le meunier, en fermant avec soin derrière lui la porte du moulin.

—Enfin! tu t'es assez fait prier.

—Que veux-tu, compère, je ne demeure pas dans un bazar mais en pleine forêt et il ne convient pas d'ouvrir à tout le monde; un malheur est bien vite arrivé: on voit bien un homme, mais il faut savoir si c'est du blé béni qu'il a à sa ceinture, ou s'il y cache des pierres.

Voyez le vieux serpent! pensait Michée, il fait semblant de craindre les voleurs et je suis sûr qu'il court la nuit avec les loups-garous.

—Allons, compère, que me veux-tu? conte-moi cela, je t'écoute.

—Voilà de quoi il s'agit, maître: Il est arrivé un grand malheur; ces opritchniks maudits se sont emparés de mon maître, ils l'ont enchaîné et ils l'ont conduit à la Sloboda où il est maintenant sans doute en prison; et pourquoi? Dieu le sait; il n'a offensé ni le Tzar, ni l'État; il s'est mis seulement du côté du bon droit en défendant le boyard Morozof et sa femme quand, au milieu d'un festin, ils les ont attaqués et réduit leur demeure en cendres.

Les yeux du meunier prirent une expression étrange.