Le front de Korchoun devint encore plus sombre. Une lutte intérieure se réfléchissait sur son visage sévère. Il était évident que Persten avait touché une corde sensible dans ce cœur endurci. Mais la lutte ne fut pas de longue durée, le vieillard releva la tête.

—Non, frère, dit-il, c'est une entreprise insensée; je tiens encore à ma peau; je n'irai pas!

—Allons, c'est non, non, soit! dit Persten. Attendons à demain, peut-être trouverons-nous autre chose, la pensée du matin est plus sage que celle du soir. Maintenant, enfants, il est temps de dormir. Que ceux qui veulent prier Dieu fassent leur prière, voilà l'image; que les autres se couchent.

L'Ataman regardait Korchoun à la dérobée. Il était facile de voir qu'il connaissait quelque secret du vieillard, car celui-ci frissonna sous ce regard et, pour que personne ne remarquât son trouble, il se mit à bâiller bruyamment, puis à chantonner tout bas.

Les brigands se levèrent de table, les uns s'allongèrent sur les bancs; d'autres s'agenouillèrent devant l'image et se mirent à prier. Mitka était un de ces derniers. Il faisait de ferventes génuflexions et, si ses vêtements et son attirail n'eussent pas dénoncé son métier, personne dans cette bonne figure n'eût soupçonné un brigand.

Il n'en était pas de même du vieux Korchoun. Quand tous furent couchés, Michée, à la faible lueur des charbons du foyer, vit le vieillard quitter sa place et s'approcher de l'image. Il fit plusieurs fois le signe de la croix, murmura quelques mots et finit par dire avec colère:—Non, je ne peux pas! j'avais cru pourtant que ce serait plus facile aujourd'hui.

Longtemps Michée entendit Korchoun se tourner d'un côté sur l'autre, se parler à lui-même, mais il ne put dormir. L'aurore n'avait pas encore paru quand il réveilla l'Ataman.—Ataman, dit-il, hé! Ataman!

—Que veux-tu, oncle?

—J'irai avec toi; conduis-moi où tu voudras,

—Tu t'es décidé?