—Allons, Ivan, dit Onoufrevna d'une voix plus douce, qu'as-tu? es-tu malade? oui, tu es malade, je t'ai fait peur. Reviens à toi, console-toi, mon enfant, quelque grands que soient tes péchés, la miséricorde de Dieu est plus grande encore; mais fais pénitence et ne pèche plus à l'avenir. Je prie pour toi jour et nuit, je vais prier avec encore plus de ferveur. Que te dire de plus? je donnerais ma place dans le paradis pour te voir sauvé.
Ivan regarda sa nourrice, elle semblait sourire, mais le sourire n'était pas attrayant sur ce visage rébarbatif.
—Merci, Onoufrevna, merci; je suis mieux, va-t'en!
—Oui, oui, mieux! tu te rassures aussi vite que tu t'épouvantais tout à l'heure! et aussitôt tu penses à me chasser: va-t'en! Ne compte pas trop sur la longanimité du ciel. Dieu commence à se lasser. Il te repousse déjà, Satan se réjouit et va s'emparer de toi. Mais, tu trembles encore; une gorgée de sbitten[14] te ferait du bien, bois-en! ton père, que Dieu le reçoive dans son paradis! buvait du sbitten la nuit, et ta mère, que le Seigneur donne la paix à son âme! ta mère aimait le sbitten. Ce furent les maudits Chouiski qui lui en versèrent la dernière fois.
[14] Boisson composée d'eau chaude, de miel et d'autres ingrédients.
La vieille s'arrêta et parut oublier où elle était. Ses yeux s'éteignirent; elle recommença à mâcher ses lèvres, branlant la tête sans interruption.
Tout à coup on frappa à la fenêtre. Ivan Vasiliévitch frissonna.
La vieille se signa d'une main tremblante.
—Vois, dit-elle, la pluie tombe à torrents et les éclairs commencent à briller; voilà le tonnerre! Que Dieu ait pitié de nous.
L'orage augmentait de violence et bientôt les roulements de la foudre et les éclairs se succédèrent sans interruption dans le ciel embrasé.