—Salut, Ivan! prononça une voix sourde et surhumaine,—je m'incline devant toi qui m'as tué injustement.

Ces mots retentirent au fond de l'âme d'Ivan. Il ne savait pas si c'était le fantôme qui les avait prononcés ou sa propre pensée qui devenait perceptible pour les oreilles.

Cependant le plancher s'entrouvrit de nouveau; une autre ombre en sortit; elle avait le visage du grand échanson, Daniel Adachef, auquel Ivan avait fait trancher la tête quatre ans auparavant. Adachef s'avança de la même façon, s'inclina et dit:—Salut, Tzar, je me courbe devant toi qui m'as fait trancher la tête injustement!

Après Adachef, apparut la boyarine Marie exécutée avec ses enfants; elle sortit de dessous le plancher avec ses cinq fils. Tous saluèrent le Tzar et chacun dit:—Salut, Ivan! Je m'incline devant toi!

Ensuite apparurent le prince Kourliatef, le prince Obolenski, Nikita Chérémétef et d'autres, assassinés par Ivan lui-même ou par ses ordres.

La chambre se remplit de morts. Tous saluaient profondément le Tzar et tous disaient:—Salut, salut, Ivan, nous nous inclinons devant toi!

Puis vint le tour des moines, des ermites et des nonnes, tous en robes noires, pâles et ensanglantés.

Puis apparurent les guerriers qui étaient avec le Tzar au siége de Kazan. On leur voyait des blessures béantes; ce n'était pas dans la bataille qu'ils les avaient reçues, c'était le bourreau qui les avait faites.

Puis apparurent des vierges, les vêtements déchirés, et de jeunes femmes portant des enfants à la mamelle; les enfants tendaient vers Ivan leurs petits bras sanglants et bégayaient:—Salut, salut, Ivan, qui nous as fait périr innocents!

La chambre se remplissait toujours de fantômes. Impossible au Tzar de distinguer l'illusion de la réalité. Les paroles des ombres étaient répétées par des centaines de voix. Les prières des agonisants et le chant des morts retentissaient aux oreilles d'Ivan; ses cheveux étaient dressés sur sa tête.