En rentrant chez lui, vers onze heures du matin, Wronsky vit à sa porte une voiture d'isvostchik bien connue; de la porte à laquelle il sonna, on entendait le rire de plusieurs hommes et le gazouillement d'une voix de femme, puis la voix de Pétritzky, criant à son ordonnance: «Si c'est un de ces misérables, ne laisse pas entrer.»

Wronsky, sans se faire annoncer, passa dans la première pièce.

La baronne Shilton, l'amie de Pétritzky, en robe de satin lilas, son minois éveillé encadré de boucles blondes, faisait le café devant une table ronde, et, semblable à un petit canari, remplissait le salon de son jargon parisien. Pétritzky, en paletot, et le capitaine Kamerowsky, en grand uniforme, étaient assis près d'elle.

«Bravo, Wronsky! cria Pétritzky en sautant de sa chaise avec bruit. Le maître lui-même! Baronne, servez-lui du café de la cafetière neuve. Mous ne t'attendions pas. J'espère que tu es satisfait de l'ornement de ton salon, dit-il en désignant la baronne. Vous vous connaissez, je crois?

—Comment, si nous nous connaissons! répondit Wronsky en souriant gaiement et en serrant la main de la baronne: nous sommes de vieux amis.

—Vous rentrez de voyage? dit la baronne, alors je me sauve. Je m'en vais tout de suite, si je gêne.

—Vous êtes chez vous partout où vous êtes, baronne, répondit Wronsky.
Bonjour, Kamerowsky, dit-il en serrant froidement la main de celui-ci.

—Jamais vous ne sauriez dire une chose aussi aimable, dit la baronne en s'adressant à Pétritzky.

—Pourquoi donc? Après dîner, j'en ferais bien autant.

—Après dîner, il n'y a plus de mérite. Eh bien, je vais vous préparer votre café pendant que vous irez faire votre toilette, dit la baronne en se rasseyant et en tournant avec empressement le robinet de la nouvelle cafetière.—Pierre, donnez-moi du café, dit-elle en s'adressant à Pétritzky, qu'elle nommait Pierre à cause de son nom de famille, sans dissimuler sa liaison avec lui. J'en rajouterai.