—Où sont-ils donc tous?

—Il y en a cinq à la compote (l'intendant voulait dire au compost), quatre à l'avoine qu'on remue: pourvu qu'elle ne tourne pas, Constantin Dmitritch!»

Pour Levine, cela signifiait que l'avoine anglaise, destinée aux semences, était déjà tournée. Ils avaient encore enfreint ses ordres!

«Mais ne vous ai-je pas dit, pendant le carême, qu'il fallait poser des cheminées pour l'aérer? cria-t-il.

—Ne vous inquiétez pas, nous ferons tout en son temps.»

Levine, furieux, fit un geste de mécontentement, et alla examiner l'avoine dans son magasin à grains, puis il se rendit à l'écurie. L'avoine n'était pas encore gâtée, mais l'ouvrier la remuait à la pelle au lieu de la descendre simplement d'un étage à l'autre. Levine prit deux ouvriers pour les envoyer au trèfle. Peu à peu il se calma sur le compte de son intendant; d'ailleurs il faisait si beau qu'on ne pouvait vraiment pas se mettre en colère.

«Ignat!—cria-t-il à son cocher, qui, les manches retroussées, lavait la calèche près du puits.—Selle-moi un cheval.

—Lequel?

—Kolpik.»

Pendant qu'on sellait son cheval, Levine appela l'intendant, qui allait et venait autour de lui, afin de rentrer en grâce, et lui parla des travaux à exécuter pendant le printemps et de ses projets agronomiques: il fallait transporter le fumier le plus tôt possible, de façon à terminer ce travail avant le premier fauchage; il fallait labourer le champ le plus lointain, puis faire les foins à son compte, et ne pas faucher de moitié avec les paysans.