—À qui en as-tu? je suis de ton avis,—répondit gaiement Oblonsky en s'amusant de la sortie de son ami, tout en sentant qu'elle le visait.—Tu n'es pas juste pour Wronsky; mais il n'est pas question de lui. Je te le dis franchement: à ta place, je partirais pour Moscou et…..
—Non; je ne sais si tu as connaissance de ce qui s'est passé, et du reste cela m'est égal….. J'ai demandé Catherine Alexandrovna, et j'ai reçu un refus qui me rend son souvenir pénible et humiliant.
—Pourquoi cela? quelle folie!
—N'en parlons plus. Excuse-moi si tu m'as trouvé malhonnête avec toi.
Maintenant tout est expliqué.»
Et, reprenant ses allures ordinaires:
«Tu ne m'en veux pas, Stiva? Je t'en prie, ne me garde pas rancune, dit-il en lui prenant la main.
—Je n'y songe pas; je suis bien aise, au contraire, que nous nous soyons ouverts l'un à l'autre. Et sais-tu? la chasse est bonne le matin. Si nous y retournions? je me passerais bien de dormir et j'irais ensuite tout droit à la gare.
—Parfaitement.»
XVIII
Wronsky, quoique absorbé par sa passion, n'avait rien changé au cours extérieur de sa vie. Il avait conservé toutes ses relations mondaines et militaires. Son régiment gardait une place importante dans son existence, d'abord parce qu'il l'aimait, et plus encore parce qu'il y était adoré; on ne se contentait pas de l'y admirer, on le respectait, on était fier de voir un homme de son rang et de sa valeur intellectuelle placer les intérêts de son régiment et de ses camarades au-dessus des succès de vanité ou d'amour-propre auxquels il avait droit. Wronsky se rendait compte des sentiments qu'il inspirait et se croyait, en quelque sorte, tenu de les entretenir. D'ailleurs la vie militaire lui plaisait par elle-même.