Le lendemain Kitty remarqua que Varinka s'était mise en rapport avec Levine et sa compagne, comme avec ses autres protégés; elle s'approchait d'eux pour causer, et servait d'interprète à la femme, qui ne parlait aucune langue étrangère. Kitty supplia encore une fois sa mère de lui permettre de faire sa connaissance, et, quoiqu'il fût désagréable à la princesse d'avoir l'air de faire des avances à Mme Stahl qui se permettait de faire la fière, édifiée par les renseignements qu'elle avait pris, elle choisit un moment où Kitty était à la source, pour aborder Varinka devant la boulangerie.

«Permettez-moi de me présenter moi-même, dit-elle avec un sourire de condescendance. Ma fille s'est éprise de vous; peut-être ne me connaissez-vous pas… Je….

—C'est plus que réciproque, princesse, répondit avec hâte Varinka.

—Vous avez fait hier une bonne action, par rapport à notre triste compatriote,» dit la princesse.

Varinka rougit.

«Je ne me rappelle pas: il me semble que je n'ai rien fait, dit-elle.

—Si fait, vous avez sauvé ce Levine d'une affaire désagréable.

—Ah oui! sa compagne m'a appelée et j'ai cherché à le calmer: il est très malade et très mécontent de son médecin. J'ai l'habitude de soigner ce genre de malades.

—Je sais que vous habitez Menton, avec votre tante, il me semble, Mme
Stahl. J'ai connu sa belle-soeur.

—Mme Stahl n'est pas ma tante, je l'appelle maman, mais je ne lui suis pas apparentée; j'ai été élevée par elle», répondit Varinka en rougissant encore.