—Certes oui, je te laisserai tranquille! j'aurais déjà dû le faire. Que le diable t'emporte! Je regrette fort d'être venu.»
Levine eut beau chercher à le calmer, Nicolas ne voulut rien entendre, et persista à dire qu'il valait mieux se séparer: Constantin dut s'avouer que la vie en commun n'était pas possible. Il vint cependant trouver son frère, lorsque celui-ci se prépara au départ, pour lui faire d'un ton un peu forcé des excuses, et le prier de lui pardonner s'il l'avait offensé.
—Ah! ah! de la magnanimité maintenant! dit Nicolas en souriant. Si tu es tourmenté du besoin d'avoir raison, mettons que tu es dans le vrai, mais je pars tout de même.»
Au dernier moment, cependant, Nicolas eut, en embrassant son frère, un regard étrangement grave.
«Kostia, ne me garde pas rancune!» dit-il d'une voix tremblante.
Ce furent les seules paroles sincères échangées entre les deux frères. Levine comprit que ces mots signifiaient: «Tu le vois, tu le sais, je m'en vais, nous ne nous reverrons peut-être plus!» Et les larmes jaillirent de ses yeux. Il embrassa encore son frère sans trouver rien à lui répondre.
Le surlendemain Levine partit à son tour. Il rencontra à la gare le jeune
Cherbatzky, cousin de Kitty, et l'étonna par sa tristesse.
«Qu'as-tu? demanda le jeune homme.
—Rien, si ce n'est que la vie n'est pas gaie.
—Pas gaie? Viens donc à Paris avec moi au lieu d'aller dans un endroit comme Mulhouse; tu verras si l'existence y est amusante!