—Tu l'es bien, va. Vous êtes tous des sauvages dans votre famille.»
Levine soupira. Il pensa à son frère Nicolas, se sentit mortifié, attristé, et son visage s'assombrit; mais Oblonsky entama un sujet qui parvint immédiatement à le distraire.
«Eh bien, viendras-tu ce soir chez nous, c'est-à-dire chez les Cherbatzky? dit-il en clignant gaiement d'un oeil et en repoussant les écailles d'huîtres pour prendre du fromage.
—Oui, certainement, répondit Levine, quoiqu'il m'ait semblé que la princesse ne m'invitât pas de bonne grâce.
—Quelle idée! c'est sa manière grande dame, répondit Stépane Arcadiévitch. Je viendrai aussi après une répétition de chant chez la comtesse Bonine. Comment ne pas t'accuser d'être sauvage? Explique-moi, par exemple, ta fuite de Moscou? Les Cherbatzky m'ont plus d'une fois tourmenté de leurs questions sur ton compte, comme si je pouvais savoir quelque chose. Je ne sais que ceci, c'est que tu fais toujours ce que personne ne songerait à faire.
—Oui, répondit Levine lentement et avec émotion: tu as raison, je suis un sauvage, mais ce n'est pas mon départ qui l'a prouvé, c'est mon retour. Je suis revenu maintenant…..
—Es-tu heureux! interrompit Oblonsky en regardant les yeux de Levine.
—Pourquoi?
—«Je reconnais à la marque qu'ils portent les chevaux ombrageux, et à leurs yeux, les jeunes gens amoureux,» déclama Stépane Arcadiévitch: l'avenir est à toi.
—Et toi, n'as-tu plus rien devant toi?