Elle se rappelait non seulement le nom et l'âge des enfants, mais leur caractère, leurs petites maladies; Dolly en fut touchée.

«Eh bien, allons les voir, dit-elle; mais Wasia dort, c'est dommage.»

Après avoir vu les enfants, elles revinrent au salon, seules cette fois; le café y était servi. Anna s'assit devant le plateau, puis, l'ayant repoussé, elle dit en se tournant vers sa belle-soeur:

«Dolly, il m'a parlé.»

Dolly la regarda froidement; elle s'attendait à quelque phrase de fausse sympathie, mais Anna ne dit rien de ce genre.

«Dolly, ma chérie, je ne veux pas te parler en sa faveur, ni te consoler: c'est impossible; mais, chère amie, tu me fais peine, peine jusqu'au fond du coeur!»

Des larmes brillaient dans ses yeux; elle se rapprocha de sa belle-soeur et, de sa petite main ferme, s'empara de celle de Dolly, qui, malgré son air froid et sec, ne la repoussa pas.

«Personne, répondit-elle, ne peut me consoler; tout est perdu pour moi.»

En disant ces mots, l'expression de son visage s'adoucit un peu. Anna porta à ses lèvres la main amaigrie qu'elle tenait dans la sienne, et la baisa.

«Mais, Dolly, que faire à cela? dit-elle; comment sortir de cette affreuse position?