[Note 5: Association ouvrière.]
Constantin n'écoutait guère; il observait ce visage maladif de phtisique, et sa pitié croissante l'empêchait de prêter grande attention à ce que disait son frère. Il savait bien d'ailleurs que cette oeuvre n'était qu'une ancre de salut destinée à empêcher Nicolas de se mépriser complètement. Celui-ci continua:
«Tu sais que le capital écrase l'ouvrier; l'ouvrier, chez nous, c'est le paysan; c'est lui qui porte tout le poids du travail, et, quoi qu'il fasse, il ne peut sortir de son état de bête de somme. Tout le bénéfice, tout ce qui pourrait améliorer le sort des paysans, leur donner quelques loisirs et par conséquent quelque instruction, tout est englouti par le capitaliste. Et la société est ainsi faite, que plus ils travailleront, plus les propriétaires et les marchands s'engraisseront à leurs dépens, tandis qu'eux ils resteront bêtes de somme. C'est là ce qu'il faut changer.—Et il regarda son frère d'un air interrogateur.
—Oui certainement, répondit Constantin en remarquant deux taches rouges se former sur les pommettes des joues de son frère.
—Et nous organisons un artel de serrurerie où tout sera en commun: travail, bénéfices, jusqu'aux instruments de travail eux-mêmes.
—Où sera cet artel? demanda Constantin.
—Dans le village de Vasdrem, dans le gouvernement de Kasan.
—Pourquoi dans un village? Il me semble qu'à la campagne l'ouvrage ne manque pas? Pourquoi y établir un artel de serrurerie?
—Parce que le paysan reste serf tout comme par le passé, et c'est à cause de cela qu'il vous est désagréable, à Serge et à toi, qu'on cherche à les tirer de cet esclavage,» répondit Nicolas contrarié de cette observation.
Pendant qu'il parlait, Constantin avait examiné la chambre triste et sale; il soupira, et ce soupir irrita encore plus Nicolas.