—Oui, c'est de Julie, répondit-elle timidement.

—Je laisserai encore passer deux lettres, mais je lirai la troisième; vous vous écrivez des folies, je parie,... je lirai la troisième.

—Mais lisez celle-ci, mon père...»

Et sa fille la lui tendit en rougissant.

«J'ai dit la troisième, ce sera la troisième, s'écria le vieux prince, en repoussant la lettre pour reprendre son cahier de géométrie.

—Eh bien, mademoiselle...»

Et il se pencha au-dessus de sa fille, en appuyant une main sur le dossier du fauteuil où elle était assise et où elle se sentait comme enveloppée de cette atmosphère acre, imprégnée d'une odeur de tabac, particulière à la vieillesse et qui lui était si familière... «Eh bien, ces triangles sont égaux; tu vois l'angle ABC.»

La princesse regardait avec effroi les yeux brillants de son père, ses joues se couvraient de taches de feu, la peur lui ôtait la faculté de penser et la rendait incapable de suivre les déductions de son professeur, si claires qu'elles fussent.... Cette scène se répétait tous les jours; mais à qui en était la faute, au maître ou à l'élève, qui finissait par voir trouble et par ne plus rien entendre? La figure de son père touchait la sienne, elle sentait l'odeur pénétrante de son haleine et ne pensait plus qu'à fuir au plus vite et à se retirer dans sa chambre pour y étudier et résoudre en toute liberté le problème proposé. Lui, de son côté, s'échauffait, repoussait et ramenait son fauteuil avec fracas, tout en faisant maints efforts pour se maîtriser; puis de nouveau il se fâchait, tempêtait et envoyait le cahier à tous les diables.

Le malheur voulut que, cette fois encore, la princesse répondît de travers:

«Quelle sotte!» s'écria-t-il, en rejetant le manuscrit.