—Elle ira à la campagne.
—Comment n'avez-vous pas honte de nous priver de votre ravissante petite femme?
—André, s'écria la petite princesse, aussi coquette avec son mari qu'avec les autres, si tu savais la jolie histoire que le vicomte vient de nous conter sur Mlle Georges et Bonaparte!»
Le prince André fit de nouveau la grimace et s'éloigna.
Pierre, qui depuis son entrée l'avait suivi de ses yeux gais et bienveillants, s'approcha de lui et lui saisit la main. Le prince André ne se dérida pas pour le nouveau venu; mais, quand il eut reconnu le visage souriant de Pierre, le sien s'illumina tout à coup d'un bon et cordial sourire:
«Ah! bah! te voilà aussi dans le grand monde!
—Je savais que vous y seriez. J'irai souper chez vous; le puis-je? ajouta-t-il tout bas pour ne pas gêner le vicomte, qui parlait encore.
—Non, tu ne le peux pas,» dit André en riant et en faisant comprendre à Pierre par un serrement de main l'inutilité de sa question.
Il allait lui dire quelque chose, lorsque le prince Basile et sa fille se levèrent, et l'on se rangea pour leur faire place.
«Excusez-nous, cher vicomte, dit le prince en forçant aimablement Mortemart à rester assis; cette malencontreuse fête de l'ambassade d'Angleterre nous prive d'un plaisir et nous force à vous interrompre. Je regrette vivement, chère Anna Pavlovna, d'être obligé de quitter votre charmante soirée.»