«Tout cela restera à Vienne, si nous y arrivons, car ici, dans ces vilains petits trous, on ne peut guère dépenser son argent, ajouta-t-il avec une gaieté forcée.... Rendez-la-moi, je m'en vais.»

Rostow se taisait.

«Eh bien, et vous, vous allez déjeuner? On mange assez bien ici, mais, voyons, rendez-la-moi donc...»

Et il étendit la main pour prendre la bourse.

Le junker la lâcha et le lieutenant la glissa doucement dans la poche de son pantalon; il releva ses sourcils avec négligence, et sa bouche s'entr'ouvrit comme pour dire: «Oui, c'est ma bourse; elle rentre dans ma poche, c'est tout simple, et personne n'a rien à y voir...»

«Eh bien, dit-il, et leurs regards se croisèrent en se lançant des éclairs.

—Venez par ici, et Rostow entraîna Télianine vers la fenêtre.... Cet argent est à Denissow, vous l'avez pris! lui souffla-t-il à l'oreille.

—Quoi? comment... vous osez?» Mais dans ces paroles entrecoupées on sentait qu'il n'y avait plus qu'un appel désespéré, une demande de pardon; les derniers doutes, dont le poids terrible n'avait cessé d'oppresser le cœur de Rostow, se dissipèrent aussitôt.

Il en ressentit une grande joie et en même temps une immense compassion pour ce malheureux.

«Il y a du monde ici, Dieu sait ce que l'on pourrait supposer, murmura Télianine en prenant sa casquette et en se dirigeant vers une autre chambre qui était vide.