—Ah! ah! Vaska, répondit joyeusement Nesvitsky... que fais-tu là?
—L'escadron ne peut pas passer, continua-t-il en éperonnant son beau cheval noir, un Arabe pur sang, dont les oreilles frémissaient à la piqûre accidentelle des baïonnettes, et qui, blanc d'écume, martelant de ses fers les planches du pont, en aurait franchi le garde-fou si son cavalier l'eût laissé faire.—Mais, que diable... quels moutons!... de vrais moutons... arrière!... faites place!... Eh! là-bas du fourgon... attends... ou je vous sabre tous!...»
Alors il tira son sabre, et exécuta un moulinet. Les soldats effrayés se serrèrent, et Denissow put rejoindre Nesvitsky.»
«Tu n'es donc pas gris aujourd'hui? lui demanda ce dernier.
—Est-ce qu'on me donne le temps de boire; toute la journée on traîne le régiment de droite et de gauche.... S'il faut se battre, eh bien, qu'on se batte; sans cela, le diable sait ce qu'on fait!
—Tu es d'une élégance!» dit Nesvitsky, en regardant son dolman et la housse de son cheval.
Denissow sourit, tira de sa sabretache un mouchoir d'où s'échappait une odeur parfumée, et le mit sous le nez de son ami.
«Impossible autrement, car on se battra peut-être!... Rasé, parfumé, les dents brossées!...»
L'imposante figure de Nesvitsky suivi de son cosaque, et la persévérance de Denissow à tenir son sabre à la main produisirent leur effet.
Ils parvinrent à traverser le pont, et ce fut à leur tour d'arrêter l'infanterie. Nesvitsky, ayant trouvé le colonel, lui transmit l'ordre dont il était porteur et retourna sur ses pas.