—Mais que se passe-t-il donc? demanda le prince André au moment où Bilibine, dont le visage toujours calme trahissait cependant une certaine émotion, venait à sa rencontre.

—Avouez que c'est charmant cette histoire du pont de Thabor!... Ils l'ont passé sans coup férir!»

Le prince André écoutait sans comprendre.

«Mais d'où venez-vous donc, pour ignorer ce que savent tous les cochers de fiacre?

—Je viens de chez l'archiduc, et je n'y ai rien appris.

—Et vous n'avez pas remarqué que chacun fait ses paquets?

—Je n'ai rien vu! Mais enfin qu'y a-t-il donc? reprit-il avec impatience.

—Ce qu'il y a? Il y a que les Français ont passé le pont défendu par d'Auersperg, qui ne l'a pas fait sauter, que Murat arrive au grand galop sur la route de Brünn et que, sinon aujourd'hui, du moins demain ils seront ici.

—Comment, ici? mais puisque le pont était miné, pourquoi ne l'avoir pas fait sauter?

—C'est à vous que je le demande, car personne, pas même Bonaparte, ne le saura jamais!»