Et toutes trois riaient et gazouillaient comme des oiseaux.

«Non, laissez-moi!»

Et sa voix avait une inflexion si sérieuse, si mélancolique, que le gazouillement de ces oiseaux s'arrêta court. Elles comprirent à l'expression de ces beaux yeux suppliants qu'il était inutile d'insister.

«Au moins changez de coiffure! Je vous le disais bien, continua la princesse en s'adressant à Mlle Bourrienne, que Marie a une de ces figures auxquelles ce genre de coiffure ne va pas du tout, mais du tout! Changez-la, de grâce!

—Laissez-moi, laissez-moi, tout cela m'est parfaitement égal.»

Ses compagnes ne pouvaient en effet s'empêcher de le reconnaître. La princesse Marie, parée de la sorte, était, il est vrai, plus laide que jamais, mais elles connaissaient la puissance de ce regard mélancolique, indice chez elle d'une décision ferme et résolue.

«Vous changerez tout cela, n'est-ce pas?» dit Lise à sa belle-sœur, qui demeura silencieuse.

Et la petite princesse quitta la chambre. Restée seule, Marie ne se regarda pas dans la glace, et, oubliant de mettre une autre coiffure, elle resta complètement immobile. Elle pensait au mari, à cet être fort et puissant, doué d'un attrait incompréhensible, qui devait la transporter dans son monde à lui, complètement différent du sien, et plein de bonheur. Elle pensait à l'enfant, à son enfant semblable à celui de la fille de sa nourrice, qu'elle avait vu la veille. Elle le voyait déjà suspendu à son sein... son mari était là... il les regardait tendrement, elle et son enfant... «Mais tout cela est impossible! je suis trop laide!» pensa-t-elle.

«Le thé est servi, le prince va sortir de chez lui!» lui cria tout à coup la femme de chambre, à travers la porte.

Elle tressaillit et elle eut peur de ses propres pensées. Avant de descendre, elle entra dans son oratoire, et, fixant ses regards sur l'image noircie du Sauveur, éclairée par la douce lueur de la lampe, elle joignit les mains, et se recueillit quelques instants. Le doute tourmentait son âme: les joies de l'amour, de l'amour terrestre lui seraient-elles données? Dans ses songes sur le mariage, elle entrevoyait toujours le bonheur domestique complété par des enfants; mais son rêve secret, presque inavoué à elle-même, était de goûter de cet amour terrestre, et ce sentiment était d'autant plus fort, qu'elle le cachait aux autres et à elle-même: «Mon Dieu, comment chasser de mon cœur ces insinuations diaboliques? Comment me dérober à ces horribles pensées, pour me soumettre avec calme à ta volonté?» À peine avait-elle adressé à Dieu cette prière qu'elle en trouva la réponse dans son cœur: «Ne désire rien pour toi-même, ne cherche rien, ne te trouble pas et n'envie rien à personne; l'avenir doit te rester inconnu, mais il faut que cet avenir te trouve prête à tout! S'il plaît à Dieu de t'éprouver par les devoirs du mariage, que sa volonté s'accomplisse!» Ces pensées la calmèrent, mais elle garda au fond de son cœur le désir de voir se réaliser son rêve d'amour, elle soupira, se signa et descendit, sans plus penser ni à sa robe, ni à sa coiffure, ni à son entrée, ni à ce qu'elle dirait. Quelle valeur ces misères pouvaient-elles avoir devant les desseins du Tout-Puissant, sans la volonté duquel il ne tombe pas un cheveu de la tête de l'homme!