«Lui écriras-tu?»
Sonia réfléchit, car c'était une question qui la préoccupait depuis longtemps. Comment lui écrirait-elle? Et d'abord fallait-il lui écrire? Maintenant qu'il était un officier, et un héros blessé, le moment était venu, croyait-elle, de se rappeler à son souvenir et de lui rappeler ainsi l'engagement qu'il avait pris à son égard:
«Je ne sais pas; s'il m'écrit, je lui écrirai, répondit-elle en rougissant.
—Et ça ne t'embarrassera pas?
—Non.
—Eh bien, moi, j'aurais honte d'écrire à Boris, et je ne lui écrirai pas.
—Et pourquoi en aurais-tu honte?
—Je ne sais pas, mais j'en aurais honte.
—Et moi, je sais pourquoi elle en aurait honte, dit Pétia, offensé de l'apostrophe de sa sœur. C'est parce qu'elle s'est amourachée de ce gros avec des lunettes (c'est ainsi que Pétia désignait son homonyme, le nouveau comte Besoukhow), et maintenant c'est le tour du chanteur (il faisait allusion à l'Italien, au nouveau maître de chant de Natacha).... C'est pour cela qu'elle a honte!
—Es-tu bête, Pétia!