«Nous voilà en plan!... Qu'est-ce qui barre donc la route? Est-ce le Français?... Non, car il aurait déjà tiré!... Avec cela qu'on nous a pressés de partir, et nous voilà arrêtés en plein champ! Ces maudits Allemands qui brouillent tout, ces diables qui ont la cervelle à l'envers!... Fallait les flanquer en avant, tandis qu'ils se pressent là, derrière. Et nous voilà à attendre sans manger! Sera-ce long?...—Bon, voilà la cavalerie qui est maintenant en travers de la route, dit un officier. Que le diable emporte ces Allemands, qui ne connaissent pas leur pays!

—Quelle division? demanda un aide de camp en s'approchant des soldats.

—Dix-huitième!

—Que faites-vous donc là? vous auriez dû être en avant depuis longtemps; maintenant, vous ne passerez plus jusqu'au soir.

—Quelles fichues dispositions! Ils ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils font!» dit l'officier en s'éloignant.

Puis ce fut un général qui criait avec colère en allemand:

«Taffa-lafa!

—Avec ça qu'il est facile de le comprendre, dit un soldat. Je les aurais fusillées, ces canailles!

—Nous devions être sur place à neuf heures, et nous n'avons pas fait la moitié de la route.... En voilà des dispositions!»

On n'entendait que cela de tous côtés, et l'ardeur première des troupes se changeait insensiblement en une violente irritation, causée par la stupidité des instructions qu'avaient données les Allemands.