«Mais dites donc enfin qu'on se fractionne en bataillons et qu'on tourne le village, dit Koutouzow sèchement au général qui s'avançait. Comment ne comprenez-vous pas qu'il est impossible de se développer ainsi dans les rues d'un village quand on marche à l'ennemi?

—Je comptais précisément, Votre Excellence, me reformer en avant du village.»

Koutouzow sourit aigrement.

«Charmante idée vraiment que de développer votre front en face de l'ennemi!

—L'ennemi est encore loin, Votre Haute Excellence. D'après la disposition....

—Quelle disposition? s'écria-t-il avec colère. Qui vous l'a dit?... Veuillez faire ce que l'on vous ordonne.

—J'obéis, dit l'autre.

—Mon cher, dit Nesvitsky à l'oreille du prince André, le vieux est d'une humeur de chien.»

Un officier autrichien, en uniforme blanc avec un plumet vert, aborda en ce moment Koutouzow et lui demanda, de la part de l'Empereur, si la quatrième colonne était engagée dans l'action.

Koutouzow se détourna sans lui répondre; son regard tombant par hasard sur le prince André, il s'adoucit, comme pour le mettre en dehors de sa mauvaise humeur.