«Ah! il n'est pas mort? dit Napoléon. Qu'on relève ce jeune homme, qu'on le porte à l'ambulance!»
Et l'Empereur alla à la rencontre du maréchal Lannes qui, souriant, se découvrit devant lui et le félicita de la victoire.
Bientôt le prince André ne se souvint plus de rien; la douleur causée par les efforts de ceux qui le soulevaient, les secousses du brancard et le sondage de sa plaie à l'ambulance lui avaient de nouveau fait perdre connaissance. Il ne revint à lui que le soir, pendant qu'on le transportait à l'hôpital avec plusieurs autres Russes blessés et prisonniers. Pendant ce trajet, il se sentit ranimé et put regarder ce qui se passait autour de lui et même parler.
Les premiers mots qu'il entendit furent ceux de l'officier français chargé d'escorter les blessés:
«Arrêtons-nous ici: l'Empereur va passer; il faut lui procurer le plaisir de voir ces messieurs.
—Bah! il y a tant de prisonniers cette fois... une grande partie de l'armée russe... il doit en avoir assez, dit un autre.
—Oui! mais pourtant, reprit le premier en désignant un officier russe blessé, en uniforme de chevalier-garde, celui-là est, dit-on, le commandant de toute la garde de l'empereur Alexandre!»
Bolkonsky reconnut le prince Repnine, qu'il avait rencontré dans le monde à Pétersbourg. À côté de lui se tenait un jeune chevalier-garde de dix-neuf ans, également blessé.»
Bonaparte, arrivant au galop, arrêta court son cheval devant eux:
«Qui est le plus élevé en grade?» demanda-t-il en voyant les blessés.