«Et moi qui ne le savais pas?... Nicolouschka... mon ami.
—Le voilà! C'est bien lui.... Kolia, mon bijou.... Est-il changé! Et il n'y a pas de lumière! Vite du thé....
—Mais embrasse-moi donc!...
—Ma bonne petite âme!...»
Sonia, Natacha, Pétia, Anna Mikhaïlovna, Véra, le vieux comte, tous le serraient dans leurs bras à tour de rôle, et les domestiques et les filles de chambre, entrant à la suite les uns es autres, poussaient des exclamations. Pétia se cramponnait à ses jambes et criait:
«Et moi donc, et moi donc!»
Natacha, après l'avoir étouffé de baisers, avait saisi sa veste et sautait comme une chèvre, sans changer de place et en poussant des cris aigus.
On ne voyait que des yeux brillants de larmes de joie et d'affection, et les lèvres se rapprochaient pour échanger de nouveaux baisers.
Sonia, rouge comme le koumatch[25], le tenait par la main et fixait sur lui un regard rayonnant de bonheur. Elle venait d'avoir seize ans: elle était jolie, et l'exaltation du moment doublait encore sa beauté. Toute haletante, elle ne le quittait pas des yeux et souriait. Il lui répondit par un regard plein de reconnaissance; mais on voyait qu'il cherchait, qu'il attendait quelqu'un, sa mère, qui ne s'était pas encore montrée, tout à coup on entendit derrière la porte des pas si précipités, rapides, qu'ils ne pouvaient être que ceux de la comtesse. Tous s'écartèrent, et il s'élança à son cou. Elle tomba dans ses bras en sanglotant; sans avoir la force de relever la tête, elle se serrait contre lui, sa figure appuyée contre les froids brandebourgs de son uniforme. Denissow, qui était entré sans être remarqué, les regardait et s'essuyait les yeux.
«Vasili Denissow, l'ami de votre fils, dit-il au comte qui regardait avec étonnement le nouveau venu.