VIII

«Ma bonne amie, lui dit un matin la petite princesse...,» et sa petite lèvre se retroussa comme d'habitude, mais cette fois avec une tristesse marquée, car depuis le jour où la terrible nouvelle avait été reçue, les sourires, les voix, la démarche même de chacun, tout portait dans la maison l'empreinte de la douleur, et la petite princesse, sans s'en rendre compte, en subissait involontairement l'influence.

«Ma bonne amie, je crains que le «fruschtique[26]«de ce matin, comme dit Phoca le cuisinier, ne m'ait fait du mal?

—Qu'as-tu, ma petite âme? Tu es pâle, tu es très pâle, s'écria la princesse Marie, en accourant tout effrayée auprès d'elle.

—Ne faudrait-il pas envoyer chercher Marie Bogdanovna, Votre Excellence? dit une des filles de chambre qui se trouvait là. Marie Bogdanovna était la sage-femme du chef-lieu de district, et depuis quinze jours on l'avait fait venir à Lissy-Gory.

—Tu as raison, c'est vrai, c'est peut-être ça.... Je vais y aller.... Courage, mon ange!..., et embrassant sa belle-sœur, elle s'apprêta à sortir de la chambre.

—Non, non! s'écria la petite princesse, dont la pâle figure exprima non seulement une souffrance physique, mais encore une terreur d'enfant, à l'idée des douleurs inévitables dont elle avait le pressentiment.

—Non, c'est l'estomac... dites que c'est l'estomac, Marie, dites, dites...» Et elle pleurait comme pleurent les enfants capricieux et malades en se tordant les mains avec désespoir et en s'écriant: «Mon Dieu, mon Dieu!»

La princesse Marie courut chercher la sage-femme qu'elle rencontra à mi-chemin.

«Marie Bogdanovna! C'est commencé, je crois, dit-elle, les yeux agrandis par la terreur.