«Nicolas, iras-tu au bal chez Ioghel? Va, je t'en prie, il te le demande instamment, et Vasili Dmitritch a promis d'y aller.
—Où n'irais-je pas pour obéir à la comtesse? dit Denissow, qui, moitié riant, moitié sérieux, s'était déclaré le chevalier de Natacha. Je suis même prêt à danser le pas du châle.
—Oui, si j'en ai le temps! J'ai promis aux Arkharow de passer la soirée chez eux.
—Et toi?...» dit-il en s'adressant à Dologhow. Il s'aperçut aussitôt de l'indiscrétion de sa demande, au «oui» sec et froid qu'il reçut de ce dernier, et au regard farouche qu'il jeta sur Sonia.
«Il y a quelque chose entre eux», se dit Nicolas, et le départ de Dologhow après le dîner le confirma dans cette supposition. Il appela à lui Natacha pour la questionner:
«Je te cherchais justement, s'écria-t-elle, en courant après lui, je te l'avais bien dit, tu ne voulais jamais me croire? ajouta-t-elle d'un air triomphant... il s'est déclaré!»
Quoique Sonia ne le préoccupât que peu à cette époque, il éprouva cependant, à cette confidence, un certain déchirement de cœur. Dologhow était un parti convenable, brillant même sous quelques rapports pour l'orpheline sans dot. La vieille comtesse et le monde devaient certainement regarder un refus comme impossible. Aussi le premier sentiment de Nicolas fut-il un sentiment d'irritation, et il s'apprêtait à l'exhaler en railleries sur les promesses oubliées et sur le consentement de Sonia, lorsqu'avant même qu'il eût eu le temps de formuler sa pensée, Natacha continua:
«Et figure-toi qu'elle l'a refusé, absolument refusé! Elle a dit qu'elle en aimait un autre.»
«Oui, ma Sonia ne pouvait agir autrement!» se dit Nicolas.
«Maman a eu beau la supplier, elle a refusé, et je sais qu'elle ne reviendra pas sur sa décision.