«Des raisons plus graves que la curiosité m'obligent à vous le rappeler,» continua-t-il après un moment de silence, sans détourner ses yeux de Besoukhow, et il se recula un peu sur le canapé, l'invitant par ce mouvement à venir prendre place près de lui.

Bien que Pierre ne fût pas disposé à la causerie, il s'y résigna et alla s'asseoir à ses côtés.

«Vous êtes malheureux, monsieur; vous êtes jeune, je suis vieux, et j'aurais voulu vous venir en aide dans la mesure de mes forces.

—Ah! oui, dit Pierre avec un sourire contraint: je vous suis bien reconnaissant.... Venez-vous de loin, monsieur?

—Si, pour une raison ou pour une autre, ma conversation vous était désagréable, dites-le-moi...» Et tout à coup sa voix devint tendre et paternelle.

«Oh! non, bien au contraire, je suis très heureux de faire votre connaissance...» Et les yeux de Pierre, attirés par la bague, y aperçurent la tête de mort, signe habituel de la franc-maçonnerie.

«Permettez-moi de vous demander si vous êtes franc-maçon?

—Oui, monsieur, j'appartiens à cet ordre.... En mon nom et au sien, je vous tends une main fraternelle.

—Je crains, dit Pierre, en hésitant entre la sympathie que lui inspirait ce vieillard et les plaisanteries dont les francs-maçons étaient ordinairement l'objet, je crains de ne point vous comprendre; je crains que ma manière de voir sur la Création en général ne soit en complet désaccord avec la vôtre.

—Je connais votre manière de voir.... Vous croyez, et la majorité des hommes le pense comme vous, qu'elle est le produit du travail de votre intelligence? Non, monsieur.... Elle est le fruit de l'orgueil, de la paresse et de l'ignorance!... Vous nourrissez une triste erreur, et c'est pour la combattre que j'ai engagé cette conversation.