—Je suis prêt à parier: le grand-cordon, c'est différent.»
Au moment où l'on se quitta, Hélène, qui n'avait pas ouvert la bouche de la soirée, réitéra à Boris sa prière, ou plutôt son ordre significatif et bienveillant, de ne point oublier le prochain mardi.
«Il le faut absolument,» dit-elle en souriant, et en regardant Anna Pavlovna, qui, d'un triste sourire, appuya l'invitation.
Hélène avait découvert, dans son intérêt subit pour l'armée prussienne, une raison péremptoire pour recevoir Boris, et elle semblait laisser entendre qu'elle la lui dirait à sa première visite.
Boris se rendit au jour indiqué dans le brillant salon d'Hélène, où il y avait déjà beaucoup de monde, et il allait en sortir sans avoir eu d'explication catégorique, lorsque la comtesse, qui jusque-là ne lui avait adressé que quelques mots, au moment où il lui baisait la main en se retirant, lui dit tout à coup à l'oreille, et cette fois sans sourire:
«Venez dîner demain... le soir.... Il faut que vous veniez... venez!...»
Et voilà comment Boris devint l'intime de la comtesse pendant son premier séjour à Pétersbourg.
VIII
La guerre se rallumait et se rapprochait de plus en plus des frontières russes. On n'entendait de tous côtés que des anathèmes contre Bonaparte, l'ennemi du genre humain. Dans les villages, où arrivaient à tout moment du théâtre de la guerre les nouvelles les plus invraisemblables et les plus contradictoires, on rassemblait les recrues et les soldats.
À Lissy-Gory, l'existence de chacun avait grandement changé depuis l'année précédente.