«Ah! c'est toi! je suis très content de te voir, dit-il néanmoins, mais pas assez à temps pour que Rostow n'eût pas saisi sa première impression.
—Je viens mal à propos? dit-il froidement, je viens pour affaire, autrement....
—Mais pas du tout: je suis seulement étonné de te voir ici!... Je suis à vous dans un moment, répondit-il à quelqu'un qui l'appelait de l'autre chambre.
—Ah! je le vois bien... je viens mal à propos, répéta Nicolas; mais Boris avait déjà arrêté sa ligne de conduite, et il l'entraîna avec lui. Son regard calme et tranquille semblait s'être voilé et se dérober derrière «les lunettes bleues» du savoir-vivre.
—Tu as tort de le croire. Viens!» Le couvert était mis, il le présenta à ses invités, et leur expliqua qu'il n'était pas un civil, mais un militaire et son ancien ami. Rostow regardait les Français d'un air maussade et les salua avec raideur.
Gelinski, nullement satisfait de l'apparition de ce Russe, ne lui fit aucun accueil. De son côté, Boris faisait mine de ne point s'apercevoir de la gêne qu'il avait ainsi introduite dans leur cercle, et s'efforçait de ranimer la conversation. Un des hôtes s'adressant, avec une politesse toute française, à Rostow qui gardait un silence opiniâtre, demanda s'il n'était pas venu avec l'intention de voir l'Empereur Napoléon.
«Non, je suis venu pour affaire,» répondit brièvement Rostow.
Sa mauvaise humeur, accrue par le déplaisir évident qu'il causait à son ami, lui fit supposer que tous le regardaient également de travers: Ce n'était du reste que trop vrai: sa présence les gênait, et à cause de lui, la conversation languissait.
«Que font-ils ici?» se demanda-t-il à lui-même.
«Je sens que je suis de trop, dit-il à Boris, laisse-moi te conter mon affaire, et je m'en vais.