«Parlons un peu des vôtres! Savez-vous que votre fille fait les délices de la société depuis son apparition dans le monde? On la trouve belle comme le jour!»

Le prince fit un salut qui exprimait son respect et sa reconnaissance.

«Que de fois n'ai-je pas été frappée de l'injuste répartition du bonheur dans cette vie, continua Anna Pavlovna, après un instant de silence. Elle se rapprocha du prince avec un aimable sourire pour lui faire comprendre qu'elle abandonnait le terrain de la politique et les causeries de salon pour commencer un entretien intime: «Pourquoi, par exemple, le sort vous a-t-il accordé de charmants enfants tels que les vôtres, à l'exception pourtant d'Anatole, votre cadet, que je n'aime pas? ajouta-t-elle avec la décision d'un jugement sans appel et en levant les sourcils. Vous êtes le dernier à les apprécier, vous ne les méritez donc pas...»

Et elle sourit de son sourire enthousiaste.

«Que voulez-vous? dit le prince. Lavater aurait certainement découvert que je n'ai pas la bosse de la paternité.

—Trêve de plaisanteries! il faut que je vous parle sérieusement. Je suis très mécontente de votre cadet, entre nous soit dit. On a parlé de lui chez Sa Majesté (sa figure, à ces mots, prit une expression de tristesse), et on vous a plaint.»

Le prince ne répondit rien. Elle le regarda en silence et attendit.

«Je ne sais plus que faire, reprit-il avec humeur. Comme père, j'ai fait ce que j'ai pu pour leur éducation, et tous les deux ont mal tourné. Hippolyte du moins est un imbécile paisible, tandis qu'Anatole est un imbécile turbulent; c'est la seule différence qu'il y ait entre eux!»

Il sourit cette fois plus naturellement, plus franchement, et quelque chose de grossier et de désagréable se dessina dans les replis de sa bouche ridée.

«Les hommes comme vous ne devraient pas avoir d'enfants; si vous n'étiez pas père, je n'aurais aucun reproche à vous adresser, lui dit d'un air pensif Mlle Schérer.