«Si ce n'était ma sincère affection et mon dévouement à mon oncle...»
Ces deux mots «mon oncle» glissaient de ses lèvres avec un mélange d'assurance et de laisser-aller.
«Je connais son caractère franc et noble!... mais ici il n'a que ses nièces auprès de lui; elles sont jeunes...»
Et elle continua à demi-voix en baissant la tête:
«A-t-il rempli ses derniers devoirs? Ses instants sont précieux! Il ne saurait être plus mal, il serait donc indispensable de le préparer. Nous autres femmes, prince, ajouta-t-elle en souriant avec douceur, nous savons toujours faire accepter ces choses-là. Il faut absolument que je le voie, malgré tout ce qu'une telle entrevue peut avoir de pénible pour moi; mais je suis si habituée à souffrir!»
Le prince avait compris, comme l'autre fois à la soirée de Mlle Schérer, qu'il serait impossible de se débarrasser d'Anna Mikhaïlovna.
«Je craindrais que cette entrevue ne lui fît du mal, chère princesse! Attendons jusqu'au soir: les médecins comptent sur une crise!
—Attendre, mon prince, mais ce sont ses derniers instants, pensez qu'il y va du salut de son âme! Ah! ils sont terribles les devoirs d'un chrétien!»
La porte qui communiquait avec les chambres intérieures s'ouvrit à ce moment, et une des princesses en sortit; sa figure était froide et revêche, et sa taille, d'une longueur démesurée, jurait par sa disproportion avec l'ensemble de sa personne.
«Eh bien, comment est-il? demanda le prince Basile.