«J'ai essayé de dormir, mais je ne peux pas.
—Eh bien, ma chère?» dit le prince Basile qui lui prit la main et qui ensuite l'abaissa graduellement, selon son habitude....
Ces quelques mots devaient faire allusion à bien des choses, car le cousin et la cousine s'étaient entendus sans rien se dire.
La princesse, dont la taille était longue, sèche et disgracieuse, tourna lentement ses yeux gris à fleur de tête et sans expression, et les fixa sur lui; puis elle secoua la tête, soupira et reporta son regard vers les images. Ce mouvement pouvait s'interpréter de deux manières: c'était de la douleur et de la résignation, ou bien de la fatigue et l'espoir d'un prochain repos.
Le prince Basile le comprit ainsi.
«Crois-tu donc que je ne m'en ressente pas aussi? Je suis éreinté comme un cheval de poste. Causons pourtant, et sérieusement, si tu veux bien...»
Il se tut et la contraction de ses joues donna à sa physionomie une expression désagréable, qui ne ressemblait en rien à celle qu'il prenait devant témoins. Son regard était aussi tout autre, et on y lisait à la fois l'impudence et la crainte.
La princesse, retenant son petit chien sur ses genoux, de ses mains osseuses et maigres, le regardait attentivement dans le plus profond silence, bien décidée à ne pas le rompre la première, dût-il se prolonger toute la nuit.
«Voyez-vous, chère princesse et chère cousine Catherine Sémenovna, reprit le prince Basile avec un effort visible, il faut penser à tout dans de pareils moments; il faut penser à l'avenir, au vôtre... je vous aime toutes trois comme mes propres filles, tu le sais...?»
Comme la princesse restait impassible et impénétrable, il continua sans la regarder, en repoussant avec humeur un guéridon: