«Non, non! reprit-il en fronçant les sourcils. Allez-y, vous, Michel Ivanovitch!...» Michel Ivanovitch obéit, mais à peine eut-il quitté la chambre, que le prince se leva avec impatience, et jetant sa serviette sur la table:

«Il ne trouve jamais rien, et il me mettra tout en désordre!» murmura-t-il en sortant vivement. La princesse Marie, Mlle Bourrienne et le petit Nicolas se regardèrent en silence: le vieux prince, suivi de Michel Ivanovitch, revint bientôt, rapportant avec lui le plan de la nouvelle construction et la lettre de son fils: il les posa à côté de son assiette, et le dîner s'acheva sans qu'il fît la lecture de la lettre.

Lorsqu'ils furent au salon, il la donna à sa fille, qui, après l'avoir lue à haute voix, regarda son père: celui-ci, absorbé dans la contemplation de son plan, semblait n'avoir rien entendu.

«Que pensez-vous de tout cela, prince? lui demanda timidement Dessalles.

—Moi? moi? dit le prince brusquement, sans lever les yeux.

—Il serait possible que le théâtre de la guerre se rapprochât de nous, poursuivit Dessalles.

—Ha! ha! ha! le théâtre de la guerre? répliqua le prince. Je l'ai dit et je le répète: le théâtre de la guerre est en Pologne, et l'ennemi n'ira jamais plus loin que le Niémen.»

Dessalles le regarda stupéfait: parler du Niémen lorsque l'ennemi se trouvait déjà sur le Dnièpre! Seule la princesse, oubliant sa géographie, acceptait à la lettre les paroles de son père.

«À la fonte des neiges, ils seront tous engloutis dans les marais de la Pologne; Bennigsen aurait dû depuis longtemps entrer en Prusse, l'affaire aurait marché autrement,» continua le prince, qui se reportait évidemment à la campagne de l'année 1807.

—Mais, prince, dit Dessalles encore plus timidement, dans cette lettre il est question de l'occupation de Vitebsk....