«Que fais-tu ici?
—Votre Excellence, reprit Alpatitch, en fondant en larmes, je, je... sommes-nous donc perdus?
—Que fais-tu ici?» répéta le prince André.
Une gerbe de flammes, ravivée pour une seconde, laissa voir à Alpatitch sa figure pâle et défaite. Il lui raconta en peu de mots pourquoi il avait été envoyé, et la difficulté qu'il éprouvait à sortir de la ville.
«Dites-moi, Excellence, répéta-t-il, sommes-nous donc perdus?»
Le prince André, sans lui répondre, tira son calepin, en arracha un feuillet, le posa sur son genou, et griffonna au crayon ces quelques mots à sa soeur:
«Smolensk se rend.... Lissy-Gory sera occupé par l'ennemi dans une semaine, quittez-le au plus vite, allez à Moscou.... Réponds-moi de suite par un exprès à Ousviage, et informe-moi de votre départ.» Il venait à peine de remettre ce billet à Alpatitch et d'y ajouter des instructions verbales, qu'un chef d'état-major à cheval, accompagné de sa suite, l'interpella.
«Vous êtes colonel, lui dit-il avec un accent allemand, des plus prononcés... on met le feu aux maisons en votre présence, et vous laissez faire!... Qu'est-ce que cela veut dire? Vous en répondrez!» poursuivit Berg, car c'était Berg lui-même, qui, devenu adjoint au chef de l'état-major du commandant en chef de l'infanterie du flanc gauche de la première armée, occupait là une place fort agréable et très en vue, comme il disait souvent.
Le prince André le regarda sans dire mot, et, se retournant vers Alpatitch:
«Tu leur diras donc, continua-t-il, que j'attendrai une réponse jusqu'au 10; si alors j'apprends qu'ils ne sont pas partis, je serai forcé de tout quitter et de courir à Lissy-Gory.