Quelques-uns d'entre eux se découvrirent en les apercevant; d'autres se bornèrent à les regarder avec curiosité. Deux grands vieux paysans, dont les visages ridés étaient ornés d'une barbe peu fournie, sortirent à ce moment du cabaret en titubant, et s'approchèrent des officiers, en chantant à tue-tête.

«Oh! les braves gens! dit Rostow.... Y a-t-il du foin?

—Et comme ils se ressemblent! ajouta Iline.

—La gaie... la gaie cau... au... se... rie! chantait l'un des deux vieux, avec un sourire béat.

—Qui êtes-vous? demanda à Rostow un paysan, qui faisait partie du groupe.

—Nous sommes des Français! repartit en riant Iline, et voilà Napoléon en personne! ajouta-t-il en désignant Lavrouchka.

—Laissez donc, vous êtes des Russes, dit leur interlocuteur.

—Êtes-vous en grande force, ici? demanda un second.

—Oui, en très grande force, répliqua Rostow.... Mais que faites-vous donc là tous ensembles? est-ce fête aujourd'hui?

—Les vieux se sont réunis pour les affaires de la commune.» leur répondit le paysan en s'éloignant.