Que se passait-il dans cette âme d'enfant, si impressionnable, toujours prête à saisir au vol les sensations les plus diverses de la vie? Comment parvenait-elle à les éprouver toutes à la fois et à les accorder ensemble? Elle se sentait heureuse, comme elle le disait, et à quelques pas de la maison elle lança tout à coup en l'air, d'une voix joyeuse, le refrain de la chanson, qu'elle avait vainement cherché jusque-là, et qu'elle venait de retrouver.

«C'est bien ça! lui dit son frère.

—Nicolas, à quoi pensais-tu tout à l'heure? lui dit-elle en lui faisant une question qu'ils s'adressaient souvent entre eux.

—Moi, j'ai d'abord pensé à Rougaï, chez qui j'ai découvert une certaine ressemblance avec «l'oncle»; je crois que, s'il avait été homme, il aurait toujours gardé l'»oncle» auprès de le lui, aussi bien pour la chasse que pour la musique.... N'est-ce pas vrai? Et toi?...

—Moi? attends un peu. Moi, je pensais à notre course: il me semblait qu'au lieu de nous retrouver bientôt à Otradnoë, nous passerions peut-être cette nuit noire dans un château féerique, et puis.... Non, c'est tout....

—Je devine, tu as sûrement pensé à «lui»?

—Non, repartit Natacha...» Et pourtant elle avait pensé à «lui», et à l'impression que le «petit oncle» lui aurait produite: Sais-tu, dit-elle, que je crois que jamais je ne serai aussi heureuse et aussi tranquille que je le suis dans ce moment!

—Bah! quelle folie!... c'est de l'exagération pure,» lui répondit Nicolas pendant que tout bas il se disait: «Quel trésor que cette Natacha, c'est mon meilleur ami.... Quel besoin a-t-elle de se marier, lorsque nous aurions pu passer notre vie ensemble à courir ainsi de droite et de gauche!»

«Quel coeur que ce Nicolas, se disait Natacha de son côté. Ah! regarde donc, il y a encore de la lumière au salon, ajouta-t-elle en lui montrant les fenêtres, qui se détachaient brillantes sur le fond brumeux et velouté de la nuit.

VIII