Lorsqu'on en eut fini avec les danses russes et les «horovody[12]«, elle rassembla tout son monde, maîtres et domestiques, en un grand rond, leur remit une corde, un anneau et un rouble, et les jeux innocents commencèrent à leur tour.
Une heure plus tard, quand les costumes furent bien fripés et bien chiffonnés, et que le charbon découla sur les figures en transpiration, Pélaguéïa Danilovna put enfin reconnaître chacun, complimenter les demoiselles sur leurs déguisements, et remercier toute la bande joyeuse pour l'amusement qu'elle lui avait procuré! Le souper des maîtres fut servi dans le salon, et celui des gens dans la grande salle:
«Oh! se faire dire la bonne aventure dans le bain, là-bas, c'est ça qui est effrayant! dit une vieille fille qui était à demeure chez les Mélukow.
—Pourquoi donc? demanda l'aînée des demoiselles.
—Vous ne vous y risquerez pas, c'est sûr, il faut du courage!
—Eh bien, j'irai, dit Sonia.
—Contez-nous ce qui est arrivé à la demoiselle, vous savez? s'écria la cadette des Mélukow:
—Une demoiselle alla une fois au bain, reprit la vieille fille, en emportant avec elle un coq et deux couverts, comme cela se fait toujours, et elle attendit;... tout à coup elle entendit un bruit de grelots... quelqu'un arrive, et ce quelqu'un s'arrête, monte, et elle voit entrer un véritable officier, un officier en chair et en os,—on l'aurait cru du moins,—qui s'assied en face d'elle devant le second couvert!
—Ah! ah! quelle terreur! s'écria Natacha, en ouvrant de grands yeux.
—Et il a parlé, il a vraiment parlé?