—Quel imbécile j'ai été! pensait-il, en répondant mentalement à ces yeux brillants, et à ce sourire triomphant, qui creusait sous la moustache du joli masque une petite fossette, entrevue par lui pour la première fois.

—Je n'ai peur de rien!» reprit-elle. Elle se leva, se fit donner des explications et sur la situation de la grange, et sur ce qu'elle devait y attendre dans le plus profond silence, jeta une fourrure sur ses épaules, s'en enveloppa tout entière et lança un coup d'oeil à Nicolas.

Elle sortit par le corridor et l'escalier dérobé, pendant que ce dernier, sous prétexte qu'il était fatigué par la chaleur de l'appartement, disparut de son côté par la grande entrée.

Le froid était toujours le même, et la lune semblait briller d'un éclat encore plus vif. Des myriades d'étoiles scintillaient sur la neige à ses pieds, tandis que leurs soeurs brillaient au loin sur la voûte triste et sombre du firmament, et les yeux s'en détournaient bien vite, pour se reporter sur la terre resplendissante de clarté et revêtue de son manteau d'hermine.

Nicolas descendit en courant le péristyle, tourna l'angle de la maison et passa devant l'entrée latérale, par laquelle devait sortir Sonia. À moitié chemin, des piles de bois, éclairées en plein par la lune, projetaient leur ombre sur le chemin, sur lequel de vieux tilleuls étendaient les lignes noires de leurs branches dénudées, qui se croisaient et s'enchevêtraient sur le blanc sentier de la grange. Les grosses poutres de la maison et son toit couvert de neige paraissaient avoir été taillés dans un bloc de pierre précieuse, dont les facettes s'irisaient à la lumière argentée de la lune. Un tronc d'arbre se fendit tout à coup avec bruit dans le jardin, puis tout retomba dans le silence. La poitrine de Sonia se soulevait d'aise: on aurait dit qu'elle buvait à longs traits, non pas l'air de tous les jours, mais une essence vivifiante de jeunesse et de bonheur éternels.

«Tout droit, mademoiselle, tout droit et ne regardez pas en arrière.

—Je n'ai pas peur,» répondit Sonia, dont les petits souliers résonnèrent sur la pierre de l'escalier, et avancèrent en craquant sur le tapis de neige, dans la direction de Nicolas, qu'elle venait d'apercevoir à deux pas devant elle. Elle courut à lui, mais ce n'était pas non plus son Nicolas de tous les jours! Qu'est-ce qui pouvait l'avoir transformé à ce point? Était-ce son costume de femme avec ses cheveux ébouriffes, ou ce sourire heureux, qui lui était si peu habituel, et qui dans ce moment rayonnait sur ses traits?

Mais Sonia est tout autre, toute différente de ce qu'elle est d'ordinaire, et cependant c'est bien la même! se disait de son côté Nicolas, en regardant sa jolie petite figure éclairée par un rayon de lune. Ses deux bras se glissèrent sous la pelisse qui l'enveloppait, enlacèrent sa taille, l'attirèrent à lui, et il baisa ses lèvres, sur lesquelles il sentit encore l'odeur de bouchon brûlé de sa moustache d'emprunt.

«Sonia! Nicolas!» murmurèrent-ils tous deux, et les petites mains de Sonia étreignirent à leur tour le visage de Nicolas; puis, en entrelaçant leurs doigts, ils coururent jusqu'à la grange, et revinrent sur leurs pas, pour rentrer chacun par la porte qui les avait vus sortir.

XII