VII

Les officiers firent un mouvement pour se retirer, mais le prince André, ne désirant pas rester en tête-à-tête avec son ami, les retint en leur offrant un verre de thé. Ils examinaient curieusement la massive personne de Pierre, et écoutaient, sans broncher, ses récits sur Moscou et sur les positions de nos troupes, qu'il venait de visiter. Le prince André gardait le silence, et l'expression désagréable de sa physionomie portait Pierre à s'adresser de préférence au chef de bataillon Timokhine; celui-là l'écoutait avec bonhomie.

«Tu as donc compris la disposition de nos troupes? demanda le prince André, en l'interrompant tout à coup.

—Oui... c'est-à-dire autant qu'un civil peut comprendre ces choses-là.... J'en ai saisi le plan général.

—Eh bien, vous êtes plus avancé que qui que ce soit, dit en français le prince André.

—Ah! dit Pierre stupéfait en le regardant par-dessus ses lunettes. Mais alors que pensez-vous de la nomination de Koutouzow?

—Elle m'a fait plaisir, c'est tout ce que j'en puis dire.

—Et quelle est votre opinion sur Barclay de Tolly?... Dieu sait ce qu'on en dit à Moscou..., et ici, qu'en dit-on?

—Mais demandez-le à ces messieurs,» répondit le prince André.

Pierre se tourna vers Timokhine, de l'air souriant et interrogateur que chacun prenait involontairement en s'adressant au brave commandant.