—C'est un espion russe, dit Davout en l'interrompant et en s'adressant à un autre général.
—Non, monseigneur, reprit Pierre avec une soudaine vivacité, en se souvenant que Davout était prince. Non, monseigneur, vous ne pouvez pas me connaître. Je suis officier de la milice et je n'ai pas quitté Moscou.
—Votre nom? reprit le maréchal.
—Besoukhow.
—Qu'est-ce qui me prouvera que vous ne mentez pas?
—Monseigneur!» s'écria Pierre d'une voix plutôt suppliante qu'offensée.
Davout se reprit à l'examiner; quelques secondes se passèrent ainsi, et ce fut là le salut de Pierre. En dépit de la guerre et de la position où ils se trouvaient l'un à l'égard l'autre, il s'établit entre ces deux hommes des rapports humains. Au premier regard que le maréchal avait jeté sur lui après avoir consulté la liste où les hommes n'étaient pour lui que des numéros et Pierre un incident, il l'aurait tranquillement fait fusiller sans croire commettre une mauvaise action, mais à présent il voyait en lui un homme... ils étaient frères!
«Comment me prouverez-vous la vérité de ce que vous avancez?»
Pierre se souvint de Ramballe, et le nomma, lui, son régiment et la rue où se trouvait la maison.
«Vous n'êtes pas ce que vous dites,» répéta Davout.