La princesse Marie continuait à le regarder fixement, en cherchant avec effroi pourquoi il ne répondait pas à sa principale question: «Et mon frère?» Mlle Bourrienne s'en chargea.
«Comment va le prince? dit-elle.
—Son Excellence est avec la famille.
—Il est donc vivant? se dit la princesse.... Comment va-t-il? continua-t-elle tout haut.
—Les domestiques disent que c'est toujours la même chose,»
Qu'est-ce que cela pouvait signifier? Elle eut peur de le demander, et jeta un coup d'œil sur son neveu, assis en face d'elle: l'enfant était tout joyeux d'arriver dans une grande ville; alors elle baissa la tête et ne la releva plus que lorsque la lourde voiture, se balançant et criant sur ses ressorts, s'arrêta tout à coup. Le marchepied fut abaissé avec bruit, et la portière s'ouvrit. Elle aperçut à gauche une large nappe d'eau, c'était le fleuve; à droite, un perron sur lequel se tenaient plusieurs domestiques et une jeune fille au teint frais et rose, dont la jolie figure, couronnée d'une large tresse de cheveux noirs, semblait sourire à contre-cœur: cette jeune fille était Sonia. La princesse monta vivement les degrés, tandis que Sonia lui disait d'un air embarrassé:
«Par ici, par ici!» Et elle se trouva tout à coup dans le vestibule, en face d'une femme âgée, au type oriental, qui venait avec empressement au devant d'elle.
C'était la comtesse, qui, bouleversée par l'émotion, l'entoura de ses bras et l'embrassa à plusieurs reprises:
«Mon enfant, je vous aime, je vous connais depuis longtemps!»
La princesse Marie comprit qui elle était et sentit qu'il fallait répondre à son effusion. Ne sachant trop que dire, elle murmura quelques paroles en français et demanda: