«Cela peut-il arriver maintenant? pensait-il en prêtant l'oreille au léger bruit des aiguilles.... Pourquoi la destinée nous a-t-elle réunis, si c'est pour me faire mourir?... La vérité de la vie ne se serait-elle donc révélée à moi que pour me laisser dans le mensonge? Je l'aime plus que tout au monde, et puis-je m'empêcher de l'aimer?» se dit-il en poussant un profond gémissement, comme il en avait pris l'habitude pendant ses longues heures de souffrance. À cette plainte, Natacha posa son ouvrage sur la table, se pencha vers lui, et, voyant ses yeux brillants:
«Vous ne dormez pas? lui dit-elle.
—Non, il y a longtemps que je vous regarde; je vous ai sentie entrer. Personne comme vous ne me donne ce calme si doux... cette lumière!... J'aurais presque envie de pleurer de bonheur!»
Natacha se rapprocha encore plus près, et son visage s'illumina de joie et de passion.
«Natacha, je vous aime trop, je vous aime plus que tout au monde.
—Et moi...»
Elle détourna la tête un instant.
«Pourquoi donc trop?
—Pourquoi trop?... Eh bien, dites-moi la vérité, dites-moi ce que vous sentez au fond du cœur.... Vivrai-je? Qu'en pensez-vous?
—J'en suis sûre, j'en suis sûre!» s'écria Natacha en lui saisissant les deux mains avec une exaltation croissante.