—Il est très malade depuis hier; voilà trois nuits qu'il ne dort pas, répondit la voix endormie d'un domestique militaire.

—Eh bien, allez alors réveiller le capitaine.... Je vous dis que c'est très urgent, c'est de la part du général Dokhtourow, reprit l'envoyé en suivant à tâtons, par la porte entr'ouverte le domestique qui allait, de son côté, éveiller le capitaine.

—Votre Noblesse, Votre Noblesse, un «coulier»!

—Quoi? Qu'est-ce? De qui? s'écria le capitaine.

—De la part de Dokhtourow. Napoléon est à Fominsk! dit Bolhovitinow en devinant à la voix que ce n'était pas Konovnitzine.

Le capitaine bâillait et s'étirait.

«Je n'ai pas bien envie, je vous avoue, de le réveiller, dit-il: il est assez malade, et ce ne sont peut-être que des bruits.

—Voilà le rapport, reprit le premier: j'ai ordre de le remettre à l'instant même au général de service.

—Attendez un peu que j'aie de la lumière. Où diable te fourres-tu donc toujours?» ajouta-t-il en s'adressant au domestique. Celui qui parlait était Scherbinine, aide de camp du général Konovnitzine. «J'ai trouvé, j'ai trouvé!» poursuivit-il en rencontrant sous sa main le chandelier.

À la lueur de la chandelle que Scherbinine venait d'allumer, Bolhovitinow le reconnut et aperçut, dans l'angle opposé de la chambre, un autre dormeur, qui était le général.