—Qui cherchez-vous!» demanda la voix d'un cosaque dans l'obscurité. Pétia lui expliqua qu'il demandait le petit Français.

«Ah! «Vessennï»?» répondit le cosaque, car le nom du petit tambour avait déjà été russifié, et cette transformation (ce mot russe veut dire printanier) s'adaptait en tous points à la jeune figure de l'enfant.... «Il se chauffe là-bas.... Eh! Vessennï, Vessennï! s'écrièrent plusieurs voix.

—C'est un petit rusé, dit le hussard qui était à côté de Pétia; nous l'avons fait manger tantôt, il était affamé.»

On entendit les pas du gamin s'approcher, et ses pieds nus patauger dans la boue.

—Ah! c'est vous, dit Pétia. Voulez-vous manger? N'ayez pas peur, on ne vous fera pas de mal, entrez, entrez!

—Merci, monsieur,» répondit le petit tambour d'une voix d'enfant et en essuyant sur le seuil ses pieds couverts de boue.

Pétia aurait voulu lui dire bien des choses, mais il ne l'osa pas, et, se bornant à lui prendre la main, il la lui serra doucement.

«Entrez! répéta-t-il encore d'un ton affectueux.... Que pourrais-je bien faire pour lui?» se dit-il en ouvrant la porte et en le poussant dans la chambre.

Cependant, malgré cette charitable réflexion, il alla s'asseoir loin de lui, par crainte sans doute que sa dignité ne souffrît d'une attention trop marquée. Il fouilla néanmoins dans sa poche, compta du bout des doigts la monnaie qu'elle contenait, et se demanda s'il ne serait pas honteux de la donner au petit tambour.

VII