—On assure que votre femme va à l'étranger.
—C'est possible, répondit Pierre en regardant d'un air distrait autour de lui.... Mais qui est-ce donc que je vois là-bas? ajouta-t-il en indiquant un vieillard de haute taille, dont les sourcils et la longue barbe blanche contrastaient avec la coloration de sa figure.
—Ah! celui-ci?... C'est un traiteur nommé Vérestchaguine. Vous connaissez peut-être l'histoire de la proclamation?
—Tiens, c'est lui, dit Pierre en examinant la physionomie ferme et calme du marchand, qui n'avait rien de celle d'un traître.
—Ce n'est pas lui qui a écrit la proclamation, c'est son fils: il est en prison et je crois qu'il va lui en cuire!... C'est une histoire fort embrouillée. Il y a deux mois à peu près que cette proclamation a paru. Le comte fit faire une enquête: c'est Gabriel Ivanovitch, ici présent, qui en a été chargé; cette proclamation avait passé de main en main.
«—De qui la tenez-vous? demandait-il à l'un.
«—D'un tel,» répondait-on; il courait alors chez la personne indiquée, et de fil en aiguille il remonta jusqu'à Vérestchaguine, un jeune marchand naïf, auquel nous demandâmes de qui il la tenait. Nous le savions très bien, car il ne pouvait l'avoir reçue que du directeur des postes, et il était facile de voir qu'ils s'entendaient.
«Il répond:
«—De personne, c'est moi qui l'ai écrite.»
«On le menace, on le supplie, il ne varie pas dans son dire.