—Des blessés, et cela ne vous ressemble pas, maman.... Chère maman, ma petite colombe, pardonne-moi, ce n'est pas ainsi que je dois parler!... Qu'avons-nous besoin de tous ces effets?»
La comtesse regarda sa fille et comprit tout de suite la cause de son émotion et de la mauvaise humeur de son mari, qui continuait à ne pas la regarder.
«Eh bien, faites comme vous voudrez... je ne vous en empêche pas, dit-elle sans se rendre complètement.
—Maman, pardonnez-moi!»
Mais la comtesse, repoussant doucement sa fille, s'approcha de son mari.
«Mon cher, arrange-toi comme il te plaira; ai-je jamais empêché...? dit-elle en baissant les yeux comme une coupable.
—Les œufs qui en remontrent à la poule! dit le comte en embrassant sa femme, avec des larmes dans les yeux, tandis que celle-ci cachait sa confusion sur son épaule.
—Papa, papa, le peut-on? cela ne nous empêchera pas de prendre tout ce qui nous est nécessaire...»
Le comte fit un signe d'assentiment, et Natacha s'élança de la salle dans l'escalier, et de l'escalier dans la cour.
Quand elle ordonna de décharger les voitures, les domestiques, n'en croyant pas leurs oreilles, se groupèrent autour d'elle, et ne lui obéirent que lorsque le comte leur eut répété que telle était la volonté de sa femme. Aussi convaincus maintenant qu'il était impossible de laisser les blessés en arrière qu'ils l'étaient quelques instants auparavant de la nécessité d'emporter les effets, ils les déchargèrent avec empressement. Les blessés à leur tour se traînèrent hors de leurs chambres, et leurs figures pâles et satisfaites entourèrent les charrettes. La bonne nouvelle se répandit bien vite dans les maisons environnantes, et tous les blessés du voisinage affluèrent dans la cour des Rostow. Beaucoup d'entre eux assurèrent qu'ils trouveraient moyen de se placer au milieu des caisses, mais comment arrêter le déchargement, du moment qu'il était commencé, et qu'importait d'ailleurs de laisser le tout ou seulement la moitié? La cour était encombrée de caisses à moitié ouvertes, contenant les tapis, les porcelaines, les bronzes, tous ces mêmes objets qu'on avait emballés avec tant de soin la veille, et chacun s'employait de son mieux à diminuer le bagage, pour emmener le plus de blessés possible.