—Elle est prête, Excellence, répondit l'aide de camp.
—Que veulent-ils donc, ceux-là? demanda Rostoptchine en se rapprochant du balcon.
—Ils se sont réunis, à ce qu'ils assurent, pour marcher sur les Français, d'après votre ordre, Excellence.... Ils parlent aussi de trahison: ce sont des tapageurs, j'ai eu de la peine à leur échapper! Veuillez me permettre de vous proposer, Excellence...
—Faites-moi le plaisir de vous retirer, je sais ce que j'ai à faire...» et il continuait à regarder au dehors: «Voilà où l'on a amené la Russie, voilà ce que l'on a fait de moi!» se disait-il, emporté contre ceux qu'il accusait par une colère farouche dont il n'était plus le maître:... «La voilà, la populace, la lie du peuple, la plèbe qu'ils ont soulevée par leur sottise! il leur faut une victime, sans doute,» se dit-il en fixant les yeux sur le jeune gars, et il se demandait, à part lui, sur qui il pourrait bien déverser sa fureur, «La voiture est-elle prête? répéta-t-il.
—Elle est prête, Excellence. Quels sont vos ordres concernant Vérestchaguine? Il attend à l'entrée.
—Ah!» s'écria Rostoptchine frappé d'une idée subite, ouvrant la porte du balcon, il y apparut, tout à coup.
Tous se découvrirent et se tournèrent vers lui.
«Bonjour, mes enfants, dit-il rapidement et à haute voix. Merci d'être venus! Je vais descendre au milieu de vous mais auparavant il nous faut en finir avec le misérable qui a causé la perte de Moscou. Attendez-moi!...» Et il rentra dans le salon aussi brusquement qu'il en était sorti.
Un murmure de satisfaction parcourut les rangs de la foule.
«Tu vois bien qu'il saura en venir à bout, et toi qui assurais que les Français...» disaient les uns et les autres en se reprochant leur manque de confiance.