Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être instruit tâche de devenir un homme éclairé.

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Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers, étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a d'autant moins d'erreur honorable et sacrée.

Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise.

SCHOPENHAUER.

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Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir: quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut juger de l'importance de toutes les autres.

Les objets d'études sont innombrables; aussi, l'ignorance de la mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en effet, un amusement vain et nuisible.

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Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science, écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes, elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?