VI.—La faculté de s'unir par la pensée aux vivants et aux morts est un des grands bienfaits dont jouit l'homme.
1
Les jeunes gens disent souvent: «Je ne veux pas vivre d'après les autres, je réfléchirai par moi-même.» Ceci est absolument juste: l'idée à soi est plus chère que toutes les idées des autres. Mais pourquoi réfléchir à des choses auxquelles on a déjà réfléchi? Prends ce qui est prêt et va plus loin. La force de l'humanité consiste en ce qu'on peut profiter des pensées d'autrui et aller plus loin.
2
Les efforts qui libèrent l'homme des péchés, des tentations et des superstitions, s'effectuent avant tout dans la pensée.
L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il peut se joindre à l'activité raisonnable de tous les sages et de tous les saints de ce monde qui ont vécu avant lui. Cette communion avec les pensées des saints et des sages est la prière, c'est-à-dire, la répétition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs rapports envers leur âme, envers les autres hommes, envers le monde et son principe.
3
Depuis les temps les plus reculés, il est reconnu que la prière est indispensable à l'homme.
Pour les hommes de l'ancien temps, la prière était—et elle l'est encore maintenant pour la plupart d'entre nous—un appel à Dieu, ou aux dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procédés et expressions, avec l'intention d'apaiser les divinités.
La doctrine chrétienne ne connaît pas ces prières-là. Elle nous apprend que la prière est indispensable, non comme un moyen de nous débarrasser des malheurs de ce monde et d'acquérir des bienfaits, mais comme celui de nous raffermir dans nos bonnes pensées.