C'est nécessaire pour ceux qui restent.

2

Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.

3

On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance, qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient. Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux.

4

Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut mourir volontiers.

SÉNÈQUE.

5

Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais à son approche, ou en pensant à elle, je ne peux m'empêcher d'éprouver une émotion pareille à celle que doit éprouver un voyageur en arrivant à l'endroit où son train tombe d'une très grande hauteur à la mer, ou au moment où il s'élève à une très grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est déjà arrivé à des millions d'êtres, qu'il ne fait que changer de mode de locomotion, mais il lui est impossible de ne pas éprouver d'émotion en s'approchant de l'endroit où ce changement aura lieu.